
Vous l’avez peut-être pensé en commandant votre troisième pizza du mois : « Est-ce que j’exagère ? »
La pizza a mauvaise réputation. On l’associe à la malbouffe, aux calories vides, aux soirées Netflix où toute volonté s’effondre devant une boîte en carton.
Mais cette réputation est-elle méritée ?
J’ai interrogé cinq nutritionnistes. Leur réponse m’a surpris — et va probablement vous surprendre aussi.
Le verdict des experts : « ça dépend »
Dr. Isabelle Moreau, nutritionniste à Paris, pose le cadre d’entrée.
« La question n’est pas combien de pizzas, mais quelle pizza. Une pizza industrielle surgelée et une pizza napolitaine artisanale, ce n’est pas le même aliment. »
Voilà le premier malentendu. Quand on parle de pizza, on mélange des réalités très différentes.
Une pizza industrielle standard (supermarché ou chaîne de restauration rapide) contient entre 800 et 1200 calories, 30 à 50g de graisses, souvent saturées, et une quantité déraisonnable de sel — parfois 70% de l’apport journalier recommandé en une seule pizza.
Une pizza napolitaine traditionnelle, elle, tourne autour de 600-700 calories. La pâte longue fermentation est plus digeste. Les ingrédients sont simples : tomate, mozzarella, basilic, huile d’olive. Le sel est dosé raisonnablement.
« Si on parle de vraie pizza artisanale, deux par semaine ne posent aucun problème dans le cadre d’une alimentation équilibrée », affirme le Dr. Moreau.
Les chiffres que personne ne vous montre
Comparons la pizza à d’autres plats considérés comme « normaux ».
Un burger-frites classique ? 1100 à 1400 calories.
Un couscous royal ? 900 à 1100 calories.
Un plat de pâtes carbonara au restaurant ? 800 à 1000 calories.
Une pizza Margherita napolitaine ? 550 à 650 calories.
Surprise : la pizza traditionnelle est souvent moins calorique que des plats qu’on consomme sans culpabilité.
Le problème, c’est l’amalgame. On met dans le même panier la Margherita de 30 cm et la pizza 4 fromages XXL de 45 cm avec supplément viande hachée et bord fourré. Ce n’est pas la même chose.
Ce qui compte vraiment
Les nutritionnistes s’accordent sur plusieurs points.
La qualité des ingrédients prime sur la quantité.
Une pizza avec de la vraie mozzarella, des tomates San Marzano et de l’huile d’olive extra-vierge apporte des nutriments intéressants. Le lycopène des tomates est un antioxydant puissant. L’huile d’olive fournit des acides gras bénéfiques.
Une pizza avec du fromage analogue (imitation fromage), de la sauce tomate industrielle et de la charcuterie transformée… c’est autre chose.
La fermentation de la pâte compte énormément.
Une pâte fermentée 48 heures a subi une pré-digestion naturelle. Les sucres complexes sont partiellement décomposés. Le gluten est plus tolérable. Les FODMAP (glucides fermentescibles qui causent des troubles digestifs) sont réduits.
« Beaucoup de gens qui se disent intolérants à la pizza digèrent très bien les pizzas au levain longue fermentation », note le Dr. Thomas Blanc, gastro-entérologue.
Le contexte du repas importe.
Une pizza seule, engloutie devant la télé ? Pas idéal.
Une pizza précédée d’une salade verte, accompagnée d’un verre de vin rouge, savourée lentement ? C’est un repas méditerranéen tout à fait respectable.
La règle des nutritionnistes
Voici ce qui ressort des entretiens.
Pour une pizza artisanale de qualité (pâte longue fermentation, ingrédients frais, taille raisonnable) : 2 à 3 par semaine sont parfaitement compatibles avec une alimentation saine.
Pour une pizza industrielle ou de chaîne : 1 par semaine maximum, de préférence en portion individuelle, pas en familiale partagée à deux.
Pour les pizzas « chargées » (4 fromages, viandes, bords fourrés) : occasionnellement, comme un plaisir exceptionnel, pas comme une habitude.
Les pièges à éviter
Certains comportements transforment un plat acceptable en bombe calorique.
Le « finir la boîte ». Une pizza familiale, c’est 3 à 4 portions. Pas une portion pour une personne très faim.
L’accompagnement. Pizza + soda + dessert = un repas à 2000 calories. Pizza seule + eau = un repas normal.
Le grignotage des restes froids. Le lendemain matin, devant le frigo ouvert, vous mangez les deux parts restantes « pour ne pas gâcher ». Ces 400 calories supplémentaires comptent.
La fréquence insidieuse. « Juste cette fois » tous les deux jours, ça fait 3-4 pizzas par semaine. Tenez un compte si nécessaire.
L’argument italien
Les Italiens mangent de la pizza chaque semaine. C’est culturel, normal, non négociable. Pourtant, l’Italie a l’un des taux d’obésité les plus bas d’Europe occidentale — 10,4% contre 17% en France.
Comment expliquer ce paradoxe ?
Ils mangent de vraies pizzas. Pas des disques industriels de 40 cm, mais des pizzas individuelles de 30 cm, cuites au feu de bois, avec des ingrédients simples.
Ils mangent lentement. Un dîner italien dure. On discute, on savoure, on attend entre les bouchées. Le cerveau a le temps de signaler la satiété.
Ils ne culpabilisent pas. La relation sereine avec la nourriture évite les compensations, les frustrations, les excès qui suivent les privations.
La vraie question
Peut-être que la question « combien de pizzas puis-je manger ? » est mal posée.
La bonne question serait : « Est-ce que je choisis de bonnes pizzas, et est-ce que je les savoure correctement ? »
Une pizza par semaine dans la culpabilité et la honte, avalée debout au-dessus de l’évier, est probablement pire pour votre santé mentale qu’une pizza par jour partagée joyeusement avec des amis.
Mangez de la pizza. De la bonne pizza. Avec plaisir et sans honte.
C’est peut-être le meilleur conseil nutritionnel qu’on puisse vous donner.
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Image principale recommandée :
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- Contenu suggéré : Table conviviale avec des amis partageant une pizza, ambiance méditerranéenne lumineuse
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